S'entraîner au Japon - Première partie

S'entraîner au Japon, qu'est-ce que cela change?

Les pratiquants d'arts martiaux japonais y ont presque tous pensé un jour, cette question habite les pensées de ceux qui fréquentent les dojos du monde entier, pourrai-je un jour m'entraîner dans un dojo japonais. Qu'il soit karatéka, judoka ou aïkidoka, nombreux sont les pratiquants à s'être posé la question, même si au sein de la grande communauté des pratiquants d'arts martiaux japonais, il existe une frange non négligeable qui n'a pas ce désir.

Evidemment, pour des raisons bien diverses, l'envie de s'entraîner au Japon peut ne jamais venir. La culture japonaise est bien différente de la nôtre, la langue est très compliquée et représente une vraie barrière, le pays très lointain et cela est très coûteux d'y aller, et vu de France, l'art martial peut parfois être réduit à une simple pratique sportive, noble mais détachée de son pays natal et donc de petits détails qui font sa spécificité. C'est ainsi que nous constatons parfois des erreurs dans notre pratique, dans notre salut, dans notre vocabulaire ou dans notre manière de le prononcer. Pour exemple, quantité de pratiquants (même très gradés) continuent à  prononcer "karaté-do shotokan" comme l'adverbe "quand", alors qu'ils devraient prononcer "karaté-do shotokane" en faisant entendre le "n". Si cela peut paraître anodin, il n'en est rien lorsqu'on parle de karaté-do avec des pratiquants japonais qui, si notre prononciation n'est pas correcte et conforme à l'origine du mot, ne comprennent tout simplement rien à ce que l'on raconte...Je l'ai moi-même vérifié, et cela ,n'est pas spécifique au vocabulaire martial. N'importe quel touriste qui se risque à parler une langue étrangère dans le pays concerné, peut se rendre compte combien la prononciation est importante pour que l'interlocuteur nous comprenne. Il y a  donc de gros efforts à faire de ce point de vue là, au moins pour les principaux termes de notre art martial. Il ne nous viendrait pas à l'idée de prononcer heian shodan "ayant chodant", faisons tous un effort pour le nom de notre style et rendons son "ane" sonore à shotokan... La remarque pourrait  s'étendre à kihon, prononcé trop souvent "qui on" alors que le "n" doit se faire entendre en fin de mot pour prononcer "kihone"! Mais cessons là cette digression et revenons-en au sujet du jour, l'entraînement au Japon, bien que ces dernières remarques puissent trouver un intérêt car une fois arrivé dans un dojo japonais, mieux vaut savoir prononcer le plus correctement possible les quelques mots de vocabulaire martial que l'on maîtrise si l'on souhaite suivre un minimum les instructions du sensei et se faire comprendre dans sa pratique et ses interrogations...

Le dojo traditionnel tel qu'on le rêve...


S'entraîner au Japon, pénétrer dans un superbe dojo traditionnel comme on les imagine ou comme les documentaires et les livres nous les ont présentés, cela fait rêver. Le raffinement de l'art japonais n'est plus à démontrer, cette civilisation a poussé jusqu'à son paroxysme les différents arts qu'elle a soit inventés, soit codifiés après les avoir empruntés à une autre civilisation. Le jusqu'au boutisme japonais se décline dans de nombreux arts décoratifs, ce qui aboutit à un exemple raffiné de décoration d'intérieur typique du Japon traditionnel que nous avons tous en tête.

Ce rêve de toucher des doigts ce raffinement, de pouvoir le palper sans qu'il ne nous échappe, lorsque je l'ai réalisé, ce fut l'instant tant espéré depuis déjà de nombreuses années. Bien que ma pratique martiale ait connu une très longue pose, je n'avais jamais perdu de vue la possibilité de pouvoir un jour m'entraîner au Japon. Cela m'apparaissait comme un doux rêve, parfois réalisable, parfois compliqué, voir inaccessible mais que je portais toujours en moi. La réalité fut extrêmement gratifiante et cet instant tant attendu a été à la hauteur de mes longues et anciennes espérances. Cependant, ce ne fut pas dans un dojo de karaté-do que mes sentiments furent les plus exaltés mais dans un dojo de kendo. Lors de mon long séjour au Japon, j'ai eu la chance de m'entraîner dans différents arts martiaux et dans différents dojo, ainsi l'expérience fut encore plus aboutie que je ne l'avais espéré et les souvenirs encore plus merveilleux à partager.

Peu de temps après mon arrivée au Japon, j'ai eu la chance de m'entraîner dans un dojo d'une école de sabre, vieille de plus de 400 ans. Les écoles martiales sont nombreuses au Japon et contrairement à ce que j'avais parfois entendu de la bouche de pratiquants européens, les dojos japonais sont tout à fait accessibles quand on sait s'y prendre, sans parler le japonais et sans payer un prix exorbitant comme on peut le lire parfois su Internet. Lorsque je me suis rendu au dojo, Ide Sensei (c'est son nom...) m'a accueilli avec une grande amabilité (venant me cherche au métro pour m'accompagner jusqu'au dojo un peu à l'écart). Pendant les presque 3 heures d'entraînement ( avec un long échauffement), il a été à l'écoute, attentif à mon travail et toujours là pour me corriger et me conseiller, son assistant était également présent pour m'orienter et je dois l'avouer, les corrections ont été nombreuses car je découvrais pour la première fois cet art martial, cette école de sabre très dynamique et variée dans son enseignement. Ne connaissant que peu de choses à la pratique du sabre, mais sachant pertinemment que ce qui est valable dans une école n'est pas valable dans une autre, je m'attendais à affronter un difficile travail. Et ce fut le cas. Cette école de katana qui allie kata et combat au bokutō (sabre de bois) ou combat au iaito (sabre de métal non tranchant) ainsi que de la coupe véritable, est totalement épuisante. pour un novice.  Pendant le cours, j'ai souffert. Je garde encore les souvenirs douloureux des passages à genoux aux bondissants sauts tout en dégainant mon katana pour s'arrêter à quelques centimètres de mon partenaire, pour finir par une glissade en arrière pour reprendre sa distance après la coupe... L'utilisation du sabre indifféremment dans la main droite ou dans la main gauche corsait le tout, car tout doué que je suis de ma main gauche, elle n'a pas réussi une seule fois à guider correctement la lame pour regagner le fourreau. Saut, extension, contraction, décontraction, grand écart (ou presque),  tout un programme pour le corps quand il n'y est pas habitué. Mes muscles et mes articulations m'ont rappelé pendant plusieurs jours qu'il ne fallait pas s'amuser ainsi avec eux trop souvent sous peine de grève générale...

Nous comprenons aisément pourquoi il vaut mieux commencer les arts martiaux dans sa jeunesse afin de forger son corps et ainsi l'habituer au difficile travail qui l'attendra pendant de longues années de pratique et de perfectionnement.


Je suis rentré fourbu mais ravi de mon expérience et de mes nouveaux "amis" facebook (pratique devenue mondiale vous le savez bien). Cette école n'existant pas en France, je ne risque pas de m'y entraîner à nouveau, (à part si je décide de pratiquer dans mon jardin les quelques katas appris ce jour là, mais mon corps n'est pas vraiment d'accord pour le moment) et c'était donc une formidable expérience à ne pas manquer (mon prochain séjour au Japon n'étant pas encore planifié...).

Pourtant, si l'expérience martiale en elle-même était fantastique, riche en enseignements et en émotions, ce n'est pas le dojo qui m'a séduit. Cette école possède plusieurs endroits pour l'entraînement et le dojo principal n'était pas à Tokyo, où je séjournais à ce moment de mon voyage. Nous nous sommes donc entraînés dans une petite salle munie d'un parquet dans un complexe sportif assez moderne et il faut bien le reconnaître, sans âme particulière. Cette petite salle aurait pu ressembler à n'importe quelle salle de classe de n'importe quelle université d'où on aurait sorti simplement tables et chaises pour faire de la place. Non, l'essentiel du plaisir de cette expérience n'était pas dans le rêve tant attendu d'un sublime dojo mais dans une relation humaine et sincère très palpable (car je rappelle ici que je n'ai pas payé pour ces stages, j'étais l'invité des senseis) sans le cadre mythique que l'on souhaiterait avoir quand on s'entraîne au Japon. Déception? Non pas vraiment, l'expérience s'est révélée tellement intéressante que je n'ai pas pensé à autre chose qu'à vivre l'instant présent. Ce n'est qu'après coup que j'ai entamé cette réflexion que je vous livre aujourd'hui.

Petite photographie souvenir avec lde sensei.


Les japonais sont comme nous, ils font parfois selon leurs moyens et ils ne possèdent pas tous un superbe dojo tout de bois décoré et digne de figurer au palmarès des endroits martiaux les plus traditionnels dans lesquels nous souhaiterions tous (ou presque) nous entraîner. Si nous rêvons d'armures de samouraïs, de bonsaïs centenaires, d'un superbe kamidana fait main (petit autel votif) ou mieux encore d'une jolie geisha qui nous attendrait avec une tasse de thé à la fin du cours (désolé chères lectrices si m'a masculinité s'exprime librement quelques instants...vilaine), la réalité nous rappelle que le rêve sublime souvent la réalité. Mais mon expérience martiale ne s'arrête pas dans ce premier dojo, puisque je me suis entraîné dans d'autres arts martiaux et arts traditionnels pour lesquels l'expérience s'est révélée différente. Je vous en parlerai dans la suite de cet article qui viendra pendant l'été.


Armure de samouraï au musée de Tokyo.