Karaté et zen, la recherche de l'équilibre

Le karaté-dõ est pour beaucoup un sport, une pratique physique génératrice d'adrénaline, de détente ou de bien-être typique de l'effort accompli. Pour les plus attentifs et les plus curieux, c'est aussi un chemin, une voie à suivre qui peut nous entraîner dans la grande aventure de la découverte de soi. Cette voie est semée d'embûches qu'il faut savoir tour à tour accepter, éviter, comprendre ou déjouer pour trouver le chemin de la progression martiale et de l'accomplissement de soi. Mais ce chemin ne passe pas uniquement par la pratique physique, il existe d'autres routes à explorer, des routes plus subtiles et moins accessibles, ce qui les rend encore davantage attrayantes.

  La voie à suivre est d'autant plus difficile qu'elle est multiple et complexe. Les arts martiaux traditionnels japonais ont parfois été dénaturés et simplifiés en sortant du pays du soleil levant. Bien sûr, la pop-culture s'est emparée de ce filon pour en faire un spectacle grand public, accessible et visuellement impressionnant. L'émergence des films dit d'art martiaux, nous la connaissons tous et nous en avons presque tous plus ou moins subi l'influence. Chuck Norris, Bruce Lee, Steven Seagal ou encore Jean-Claude Van Damme, au-delà de leurs compétences martiales de niveau inégal, nous ont diverti dans les salles obscures ou devant la télévision, ne montrant dans la plupart des cas que la performance physique. Si l'industrie cinématographique a eu le mérite de populariser les arts martiaux, elle en a aussi fait un show qui s'est rapidement répandu sur la planète. C'est ainsi que sont nées des disciplines à filiation martiale comme le nunchaku artistique ou le kata musical, souvent accompagné par une musique bien sentie, sous la clameur d'une foule qui n'a pas été si difficile à conquérir. Peut-on lui en vouloir? Non, c'est tout naturellement la prouesse physique et spectaculaire qui l'emporte au premier regard sur l'énergie intérieure. Le spectateur lambda ne voit que le nunchaku virevolter et les coups de pieds sautés au visage d'un adversaire qui s'écroulera sous les coups victorieux du héros ou du démonstrateur du moment. A l'opposé de cette image populaire et commerciale, les arts martiaux traditionnels ne sont pas un contenant vide de sens, la philosophie qu'ils développent s'inscrit dans une antique tradition riche en enseignements.

   La culture japonaise, dont est issu le karaté-do, est en de nombreux points différente de celle de l'Occident et c'est en partie pour cela que de nombreux codes peuvent encore échapper aux pratiquants les moins attentifs, les moins bien orientés ou les moins curieux, ou à ceux qui ne recherchent que la performance sportive et la récolte de médailles tant convoitées dans notre société. La quête de la médaille représente le verso moderne et rapide des arts martiaux, tandis qu'au recto la victoire est plus longues et plus subtile. La recherche spirituelle peut pourtant être difficilement dissociée du budo et c'est sans doute là un point essentiel à comprendre dans la pratique des arts martiaux.

    Le budo, ou  littéralement "la voie de la guerre"  ou encore "la voie pour arrêter la lance" (donc cesser le combat) ne peut pas être envisagé dans sa seule dimension martiale, ce serait le dé-contextualiser totalement et le vider de son sens. Les guerriers japonais, ancêtres authentiques des pratiquants modernes d'arts martiaux, n'étaient pas simplement des brutes sanguinaires prêts à dégainer leur katana pour trancher l'adversaire. A l'instar du code de la chevalerie médiévale occidentale, les samouraïs possédaient eux-aussi une philosophie complexe et une éducation rigoureuse et à multiples facettes. Depuis la période japonaise appelée Edo, qui commence vers 1600 et se termine à la fin du XIXe siècle, les seigneurs de guerre, les shoguns, ont introduit auprès de leurs guerriers samouraïs de nombreux arts comme la calligraphie, la poésie, la cérémonie du thé ou encore l'ikebana, l'art de l'arrangement floral. Cela complétait la palette initiatique du guerrier. Si le guerrier japonais, ancêtre du pratiquant de nos dojos modernes, se préparait dans de nombreux arts complémentaires à sa recherche martiale, il y associait également une recherche philosophique et spirituelle. Le Japon ne s'est pas tourné vers une religion monothéiste comme ce fut le cas pour l'Occident ou l'Orient, sa société est restée imprégnée de bouddhisme zen (influencé par la taoïsme chinois) et par le shintoïsme, une religion animiste ancienne où les forces de la nature sont déifiées et cohabitent avec un panthéon polythéiste où esprits et démons sont très nombreux. 

 

  Les samouraïs, tout comme l'ensemble de la société japonaise, étaient bien sûr attachés à leurs pratiques cultuelles d'où ils tiraient en grande partie leur philosophie. Tous les arts martiaux japonais ont été influencés par la spiritualité ambiante et ils continuent à l'être.  Les dojos japonais sont très souvent traditionalistes et conservent leur caractère authentique et influencé par la spiritualité. Il n'y a pas un dojo qui se respecte qui ne possède par  exemple son Kamidana, pour faire simple, c'est un petit autel par lequel sont vénérés les ancêtres et les forces de la nature. Rares sont les dojos européens à en posséder un et pour cause, les pratiquants et les sensei ne sont pour la plupart pas initiés aux spiritualités japonaises et la présence d'un autel shintoïste perdrait alors de son sens. Une autre pratique commune à tous les arts martiaux est celle de la méditation. Notion obscure pour l'occidental du XXe siècle qui découvrait le karaté-do ou le judo, désormais plus connu par nos contemporains de ce début de XXIe siècle, elle n'en demeure pas moins marginale, même chez les pratiquants d'arts martiaux japonais. La méditation zen, mère de la respiration, peut conduire le pratiquant à la connaissance de soi sans forcément passer par une illumination à la mode bouddhiste classique pourrait-on dire pour faire simple. Nul besoin de croire en un mystérieux et très hypothétique pouvoir de Bouddha ou d'être convaincu de l'existence des Yokai (divinités japonaises) pour s'initier à la pratique de la méditation dont les vertus peut-être plus concrètes que ce que l'on imagine de prime abord.

 

  Le pratiquant de karaté-do, d'aïkido ou de judo doit-il impérativement se plonger dans les méandres de la société et de la spiritualité japonaise pour bien pratiquer son sport? Son sport, sans doute que non. Mais dès lors qu'on parlera de voie, la réponse pourrait être différente. La quête de l'accomplissement de soi est un chemin difficile, tout comme l'est la quête de l'enrichissement dans la pratique de son art martial. Méditer ou tenter de méditer pourrait-il nous aider à coup sûr à nous améliorer et par la même occasion à améliorer notre art martial? La réponse est sans aucun doute individuelle et donc en chacun de nous. Rien n'est certain, rien n'est acquis, tout reste à découvrir lorsqu'il s'agit de se connaître soi-même. Pour ceux qui souhaiterait en découvrir davantage, voici les conseils avisés de Shodo Harada sensei, écrivain et moine bouddhiste mondialement connu de l'école rinzai qui remonte au XIIe siècle. Rassurez-vous, nul prosélytisme religieux ici (la méditation n'est pas une religion et je suis athée), juste une invitation à la découverte et à la curiosité. Il s'agit d'une vidéo présentant les grands principes de la méditation, Shodo Harada sensei nous y enseigne les rudiments de la position zazen. La vidéo est en japonais mais sous-titrée en français. La découverte reste toujours un moment agréable, cet instant où notre esprit apprend quelque chose de nouveau. Parfois une petite flamme s'allume et nous dit qu'il serait intéressant d'en savoir plus et parfois la flamme ne dure pas ou même ne prend pas. Cela fait partie de la vie, nous n'avons pas tous les mêmes attentes ni le même niveau de curiosité et l'important reste de maintenir la possibilité de la curiosité, la possibilité de l'envie. Soyez donc curieux et laissez-vous tenter par un début de visionnage de cette vidéo. Mais si vous êtes arrivés à la fin de cet article, c'est que votre curiosité a été titillée et qu'il ne vous reste qu'un pas pour en découvrir davantage. 

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Commentaires : 1
  • #1

    François le sage (jeudi, 04 mai 2017 22:35)

    C'est très vrai. Je pratique la médiation depuis quelques années et ça m'a donné plus de concentration et plus de foi en moi, c'est à conseiller à ceux qui fons des arts martiaux. Bonne synthèse.